Digitalisation fonction Finance Trustpair Livre Blanc

La digitalisation de la fonction Finance expliquée par Sami Jlaiel, Wavestone

Avant de commencer, pouvez-vous vous présenter ?

Diplomé d’école de commerce avec une formation en Audit & Expertise comptable, j’accompagne depuis prés de 11 ans des directions financières et achats dans leur projet de réorganisation, d’optimisation de processus et digitalisation des SI. J’interviens tout autant sur des phases de cadrage que d’accompagnement à la mise en œuvre sur des périmètres monde. 

Certifié Lean Six Sigma Black Belt et responsable de l’offre « Digital Transformation for Corporate Finance » chez Wavestone, j’interviens plus particulièrement sur des missions de transformations des organisations des directions financières et achats ainsi que d’optimisation des processus back office en alliant ces deux expertises.

Quels grands changements avez-vous pu observé ces 5 dernières années dans la fonction Finance ?

L’ERP (progiciel de gestion intégrée) tel que nous le connaissons est né dans les années 80/90. La finance, fonction administrative fortement normée, a été l’une des premières embarquées. Le début des années 2000 a permis de la décloisonner d’une part et d’autre part de la flexibiliser, avec des services dans le « cloud » et des solutions « SaaS », permettant son accès via smartphone ou tablette, offrant à certains marchés des fonctionnalités dédiées…

Depuis 5 ans, ces outils se sont démocratisés et prennent de plus en plus de place dans ces directions financières, qui changent le paradigme des métiers du transactionnel standard vers des métiers de plus en plus analytiques. Depuis 2/3 ans, on note une vraie prise de conscience des Directions financières sur l’impact de ces nouvelles technologies. Si avant, on observait des réticences, des questionnements sur ce que pouvait apporter le digital, aujourd’hui, les directions financières comprennent l’impact sur leur métier.

Cela se traduit dans le dernier baromètre mené par Wavestone sur l’identification de très fort gains potentiels  tant en terme de productivité que de réduction des coûts, que peuvent amener ces nouvelles technologies, bref, une vraie prise de conscience et une reconnaissance du potentiel à exploiter : « Dans les 2 prochaines années, les Directions financières auront automatisé 30% des tâches utiles à leur métier ».

Avant de mener ces chantiers innovants, l’enjeu prédominant reste la qualité et la fiabilité de la donnée. Les Directions financières des grandes entreprises Françaises cernent enfin la vraie valeur ajoutée du digital dans leur métier : l’exploitation de l’information de manière plus sécurisée et la fin des tâches chronophages. Après une dématérialisation qui a été adoptée par la plupart des équipes, ces dernières deviennent très attentives à ce que peuvent leur apporter les nouvelles technologies en terme de traitement de l’information. 

Digitalisation de la fonction Finance

La fonction Finance est-elle leader de la digitalisation dans les entreprises ?

Seulement 10 % des Directeurs financiers se positionnent comme leader de la transformation digitale dans leur entreprise. La fonction Finance n’est pas leader de la transformation digitale dans les entreprises aujourd’hui. Si la fonction Finance a su rapidement intégrer les premières initiatives dans les années 1990 à 2000 avec les ERP et outils de Business Intelligence elle n’est plus aujourd’hui un leader des nouveaux usages digitaux même si elle a profité très rapidement des premières « vagues digitales ». 

Aujourd’hui, la fonction Finance est loin de profiter du potentiel des nouvelles technologies s’offrant à elle. La priorité a été mise depuis les années 2000 sur les fonctions tournées vers le client (communication, publicité, marketing, commerce, service client). 

Ceci se traduit par un positionnement du Directeur Administratif et Financier qui se considère plutôt contributeur et consulté dans les programmes de transformation digitale, une sorte de “Super Advisor” auprès des autres métiers pour venir en appui sur les business case, mieux mesurer le ROI. 

En quoi les métiers traditionnels (comptables, trésoriers, Directeur financiers) sont-ils impactés par les nouvelles technologies ?

« 60% des métiers qui seront exercés d’ici 2030 n’existent pas encore ! ». L’impact des évolutions technologiques va transformer de nombreux métiers, y compris et surtout ceux de la finance d’entreprise.  De nombreuses études ciblent le métier de comptable, dans sa forme actuelle, comme étant l’un métiers les plus menacés par la robotisation avec une probabilité de disparition de 97 %. Selon une étude menée par le think tank libéral, la période d’extinction estimée se situe entre 2041 et 2056.

Historiquement, la fonction Finance s’est tournée vers la production intensive de données financières. En considérant les optiques de digitalisation, la fonction Finance a l’opportunité de détecter des activités à faible valeur ajoutée pour s’orienter :

  • De la production de tableau et l’analyse à l’orientation des décisions stratégiques
  • De l’extraction et transformation de données à la maîtrise des SI et l’exploitation de données structurées et non structurées
  • De processus semi-annuel à des processus entièrement automatisés
  • De la participation au déploiement de nouveaux outils financiers à l’implication dans des projets de transformation majeure de l’entreprise, y compris sur d’autres métiers pour endosser réellement le fameux costume du business partner

Avez-vous vu apparaître / disparaître de nouveaux métiers ces dernières années ? Lesquels ?

Les métiers traditionnels des directions financières ne disparaissent pas mais tendent à évoluer. Les tâches à plus faible valeur ajoutée sont notamment sujettes de la délocalisation dans des centres de services partagés ou de l’externalisation. On assiste à un réel tournant où la saisie de l’information est délaissée au détriment de l’exploitation de l’information en orientant les compétences vers du pilotage de la performance.

Cette transformation progressive a vu de nouveaux métiers apparaître au sein des directions financière notamment dans l’accompagnement à la transformation avec les rôles de de “Directeur de la transformation digitale Finance” ou le “Chef de projet digital finance”, experts métier avec une appétence technologique et en gestion de projet mais également des profils plus orientés sur la données comme des Data Scientists, profils très recherchés, difficiles à recruter, mais que les grandes entreprises s’arrachent et tentent d’attirer. 

Quels sont les projets digitaux “tendance” que vous observez actuellement dans les Directions Financières des entreprises Françaises ?

C’est 3 à 4 dernières années, les projets de digitalisation étaient centrés autour de la dématérialisation. Aujourd’hui, cette dernière tendance est bien avancée dans les Directions financières, mais il y a encore des choses à aller chercher et ces chantiers reste encore le nerf de la guerre.

Les projets liés aux nouvelles technologies se retrouvent centrés sur de la Data Visualisation, l’exploitation de la donnée, la mise en place de modèles prédictifs. C’est dans ces domaines que les Directions financières investissent le plus après la dématérialisation. Ces sujets se généralisent beaucoup en raison de l’évolution des outils : on passe le cap de l’exploitation de la donnée basique, à une vraie interprétation de la donnée.

Percevez-vous l’IA comme une menace ou une opportunité pour les métiers de la finance ? Pourquoi ? 

L’IA est perçu à la fois comme une menace pour certains métiers, et comme une réelle opportunité pour le secteur de la finance. Le métier de comptable est voué à disparaître d’ici à 2050 si l’on en croit les études donc oui, c’est une réelle menace. Cependant, l’IA et les nouvelles technologies sont une opportunité dans le sens où les profils et métiers vont évoluer. On va assister à une vraie évolution des compétences vers des tâches à plus forte valeur ajoutée. 

Pour ne pas subir l’IA, la formation et l’évolution des compétences sont les meilleures armes pour comprendre et maîtriser la technologie, c’est un levier important pour valoriser les compétences humaines et intellectuelle face à l’IA. Il ne faut pas subir l’IA, mais l’utiliser ! Les compétences vont se tourner vers des expertises plus techniques : data, statistiques, informatique. Le financier du futur devra être capable gérer la gouvernance et l’exploitation de l’informations afin de coordonner et d’accompagner l’évolution des robots. Il deviendra un réel “Business Partner” en offrant ses qualités relationnelles au service des autres fonctions pour animer des groupes de travail, et vraiment participer à l’évolution de l’entreprise. 

Quels conseils donneriez-vous à une Direction Administrative et Financière en voie de se digitaliser ? 

Rencontrer les startups ! Les acteurs des Directions Finance ont encore du mal à « ouvrir les chakras » et à aller sur des terrains où ils n’ont pas l’habitude d’aller : nouvelles technologies, fintech, startups… 

L’univers des fintech et des startup est un écosystème créatif, en avance sur ce qui se fait dans les grandes entreprises. Le conseil de Sami Jlaiel : rencontrer des startups au maximum pour anticiper la transformation, être en avance sur son temps et définir une feuille de route de transformation digitale.” 

Découvrez le “Baromètre digital CFO” réalisé par Option Finance et Wavestone en 2019;

Pour en savoir davantage les enjeux de la digitalisation de la fonction Finance, découvrez l’interview de Michele Bruno, CFO chez Décathlon réaliser dans le cadre du Livre Blanc Trustpair.

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