Sortie de crise : transformons l’essai digital ! – Retour sur l’AFTE 2021

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Les JAFTE 2021 ont eu lieu mardi 16 et mercredi 17 novembre 2021. Au programme de ces journées organisées par l’AFTE : plénières et conférences ont eu lieu pour donner la parole à plusieurs professionnels et experts. 

Trustpair vous propose de revenir sur certaines conférences de cette journée dans une série de 5 articles. Dans ce compte-rendu, nous nous intéressons aux à la digitalisation post-covid19

Sortie de crise : transformons l’essai digital !

Étaient présent lors de cette conférence : 

 

La digitalisation des activités de trésorerie est au cœur du sujet ces derniers mois. Sans outils digitaux, il serait impossible de maintenir l’activité lors des confinements successifs que nous avons vécu. Pour autant, cette transformation pose encore de nombreuses questions dans notre quotidien, tant sur le plan humain que sur le plan technique. Lors de cette plénières les intervenants dressent un premier bilan de l’accélération de cette transformation digitale au sein de leur organisation. 

 

Comment la crise a-t-elle affecté votre activité et votre Business modèle ? 

“Ce qu’on a observé, dès la première semaine de confinement, c’est le télétravail : il fallait absolument connecter tous les salariés de nos clients au serveur de notre entreprise. Lors de la seconde vague, il a fallu ouvrir de nombreux numéros audios conférence parce qu’on avait besoin de se parler, de faire des réunions en conférence. Ensuite, il fallait l’accès au serveur avec un cloud sécurisé parce que c’est en période de crise qu’on est le plus vulnérable. Et petit à petit, ce qu’on a vu, c’est que les plateformes collaboratives comme zoom ou teams, ont commencé à vraiment se développer : la vidéo est rentrée en jeu.” – Julie Maniez, head of finance transformation and innovation, Orange

18 mois plus tard, Orange Business Services n’utilise plus de téléphone, et ne communique plus qu’avec les nouvelles plateformes : teams, zoom etc…

Chez Decathlon, deux principaux challenges ont vu le jour lors du confinement : 

  • humain et managérial 
  • de recentrage

Domingos Antunes nous explique les deux problématiques existantes chez Decathlon au début de la crise : 

  • Comment réussir à maintenir l’esprit d’équipe ? 
  • Comment s’assurer de la fluidité du passage de l’information ? 

“Avant c’était plutôt simple, tout était fait en 3 minutes parce que tu te retrouvais avec tes collaborateurs en présentiel. Mais avec le confinement tu te retrouves à distance, et ça prend beaucoup plus de temps. Ce qu’on a décidé de faire c’est de créer des routines via Hangout. On avait le café du matin, de l’après-midi, entre les services. On avait aussi des routines hebdomadaires pour partager l’information entre les différentes équipes pour savoir quels étaient les projets, comment on avançait etc. On a gardé cette dynamique même si on est de retour au bureau.” – Domingos Antunes, directeur de la trésorerie et du financement, Decathlon

Sur le deuxième challenge, qui est celui du recentrage, Domingos Antunes explique pourquoi ce challenge a eu lieu. 

“Notre comité de direction nous a induit de gros changement, notamment sur le prévisionnel de trésorerie et sur la liquidité. Sur le premier confinement, ils nous ont fait des demandes assez régulières sur ces deux reportings.  Dans le monde d’avant le reporting de liquidité et de prévisionnel trésorerie était actualisé tous les mois par la trésorerie, un budget revu deux fois par an par le contrôle de gestion et une présentation au comité financier tous les trois mois : un process plutôt fluide et simple. Pendant la Covid, on a dû le faire quasiment de façon hebdomadaire. On a eu une grosse contrainte de temps car ce processus n’était pas du tout automatisé (process excel), les data provenaient de nos logiciels mais était parfois incohérente voir inexistante. On avait une vraie problématique de mise à jour.” – Domingos Antunes, directeur de la trésorerie et du financement, Decathlon

Après la Covid, Decathlon s’est concentré sur trois axes : 

CTA - Cas Client Decathlon

Quels ont été les enseignements que vous avez tiré de cette accélération du digital ? 

“Pour vous situer le contexte, chez Orange Business Services, on a lancé la transformation de la finance en février 2020. On est 700 collaborateurs finances répartis en 45 pays. Quand on a commencé à réfléchir à notre transformation (au moment du confinement), on était au milieu de l’exercice “définir notre prévision des trois ans à venir de la fonction finance” avec le top 30 des managers. On a décidé d’aller au bout de cet exercice. La charge de travail était très grande, l’effort demandé en plus au moment de la crise était double. On s’est dit “il faut qu’on se transforme, on ne peut plus absorber ça. » On est donc aller au bout de notre vision.” – Julie Maniez, head of finance transformation and innovation, Orange

Au départ, Orange Business Services voulait faire venir les TOP 60 manager à Paris, malheureusement avec la crise, le projet n’a pas pu se faire. 

“Puisqu’on a pas pu le faire, on a décidé de changer de format et de partir sur deux jours de séminaire 100% digital.” – Julie Maniez, head of finance transformation and innovation, Orange

Avec cette nouvelle approche pour ces deux jours de séminaire, il y a eu plus de 120 collaborateurs de 20 pays inscrits, avec aucune déconnection. 

“On a pu leur expliquer le plan de transformation et leur dire qu’on avait besoin d’eux. On voulait que cette transformation vienne du terrain et de leurs propres idées.” – Julie Maniez, head of finance transformation and innovation, Orange

Lors de ce séminaire les collaborateurs se sont mis par équipes pluridisciplinaires : certains n’avaient jamais travaillé ensemble et l’effort de collaboration perdu est revenu grâce à ce projet. Le principal avantage de ce séminaire, basé sur la méthode agile, a été d’identifier de nouveaux talents.

“La méthode agile permet d’aller en itération : on teste et on apprend. Et puisqu’on y va petit à petit, il y a une très petite marge d’erreur. Le collaborateur n’a plus besoin d’aller demander l’approbation à son manager et peut continuer à travailler. Cela donne une dynamique “on ose” et une plus grande autonomie” – Julie Maniez, head of finance transformation and innovation, Orange

 

Comment le digital a transformé de manière concrète les processus dans le quotidien des trésoriers ?

“Le digital est arrivé un peu après la crise. On a décidé suite au premier constat sur le prévisionnel de trésorerie et notre manque d’automatisation et de digitalisation de faire une revue de tous les process de trésorerie. Le but était d’avoir un constat simple de notre degré de digitalisation, d’automatisation et d’efficience de nos process.” – Domingos Antunes, directeur de la trésorerie et du financement, Decathlon

Cette revue a mis en exergue plusieurs points chez Decathlon 

1. Énormément de tâches manuelles au sein des équipes et donc une perte de temps

“Face à ce constat on a décidé de prioriser les tâches qui prenaient le plus de temps et qui était le plus pénible pour les équipes. Le premier travail qu’on a fait concerne la lutte anti-fraude : on a travaillé avec Trustpair sur le contrôle de nos IBAN et des nouveaux fournisseurs. Ce qui nous a permis de gagner un ETC.” – Domingos Antunes, directeur de la trésorerie et du financement, Decathlon

Webinar en replay Decathlon x Trustpair

2. La partie juridique : perte de temps énorme à envoyer le même document à différentes banques

“On a décidé de faire appel cette fois-ci encore à une fintech pour avoir une plateforme où déposer tous nos documents au lieu d’envoyer un nombre incalculable de fois le même document à des banques différentes” – Domingos Antunes, directeur de la trésorerie et du financement, Decathlon

3. La rationalisation des comptes bancaires

“Ce qu’on a essayé de faire c’est de travailler sur des virtuals account. Si ça  fonctionnait très bien sur les comptes de paiement, c’était plus compliqué à mettre en place sur les comptes d’encaissement. Un problème sans réponse, et je me suis retrouvé face à un dilemme : dois-je attendre des banques des solutions; ou dois-je parler à des fintech que je ne connais pas et qui peuvent mettre en péril l’approche économique de mes relations bancaires ?” – Domingos Antunes, directeur de la trésorerie et du financement, Decathlon

 

Quelle est la vision d’Accenture sur l’évolution des banques sur le digital en France et à l’international ? 

“Les banques sont très centrées et focalisées sur le digital : c’est une priorité absolue et stratégique.” – Ludovic Tran, consultant banque, Accenture

Les banques ont beaucoup investi dans le digital et particulièrement sur la banque de détail, le retail. Il y a une forte demande des consommateurs et des analystes qui veulent voir le niveau de transformation, de maturité des banques. 

Les résultats sur le retail sont plutôt bons : Boursorama et le Nickel sont de très bons exemples. Les fintechs grossissent de plus en plus grâce à leurs innovations. 

Au niveau mondial, le taux de digitalisation est très élevé. Par exemple, BBVA annonce 67% de vente digital post-covid, ce qui montre l’accélération des banques dans le digital. 

 

“On voit qu’il y a un décalage entre la banque de détail, le TPE/PME, qui sont en train d’accélérer, et le corporate. Aujourd’hui, la banque de détail est une banque en difficulté et qui a du mal à croître de manière profitable. Le corporate c’est une stratégie pour les banques car c’est un relais de croissance fort. On voit une rotation des investissements depuis plusieurs années pour accélérer le niveau de digitalisation dans le monde  corporate.”  – Ludovic Tran, consultant banque, Accenture

Face à des banques européennes qui sont un peu en retrait ou en retard, les banques américaines comme JP Morgan ont de l’avance avec des ambitions extrêmement fortes. 

“Il ne faut pas oublier qu’en Europe on a SEPA (normalisation des paiement européen), DSP2 (normalisation des ouvertures des banques européenne). Ce sont des contraintes qui  ralentissent leur transformation ou en tout cas qui préparent des fondations de transformation, qui seront surement très utiles pour se différencier plus tard.” – Ludovic Tran, consultant banque, Accenture

Dans le monde des paiements, les banques de détails ont perdu beaucoup de terrain par rapport à des fintechs. Mais Ludovic Tran se dit optimiste quand à la capacité des banques françaises et européenne à fournir de l’innovation 

 

Les banques avancent, mais est-ce qu’elles ont pris en compte les besoins Corporate, et seront-elles dans les temps face aux fintechs ? 

“Les banques construisent ces roadmaps d’innovation. Il faut admettre qu’elles étaient très orientées produit jusqu’à il y a très peu de temps. Il leur manquait de l’innovation, de l’expérience client de bout en bout. Donc une fois qu’on a la capacité d’innover dans les produits, dans les services, je pense qu’on verra arriver une approche plus expérientielle et centrée client. Il ne faut pas voir la banque comme un fournisseur et l’opposé face à des fintech.  Je pense que la banque est un partenaire pour les paiements avec lequel il faut travailler.”  – Ludovic Tran, consultant banque, Accenture

Ludovic Tran conclut qu’il y a une opportunité unique entre les corporates et les banques. Il ne faut pas oublier que le legacy représente le passé des banques mais aussi des corporates. Il y a un enjeu d’homogénéisation de l’offre et de la demande entre corporates et banquiers. Pour cela, il faut retravailler le dialogue, l’équilibre innovation – robustesse – sécurité. 

“C’est une relation partenarial de co-construction à réaliser a partir de maintenant, ensemble. ” – Ludovic Tran, consultant banque, Accenture

Le digital démarre fort après la crise. Cela a des impacts sur les collaborateurs et leurs compétences. 

“Quand on parle digital, tout le monde pense outil et usage de la donnée. Tout le monde se dit : “ il faut recruter des data analyst, des data scientist”. C’est un fait, mais il y a d’autres éléments importants.”  – Julie Maniez, head of finance transformation and innovation, Orange

  • Il faut une forte montée en compétence au niveau des softskills : comment communiquer, faire parler les chiffres ? 
  • Il faut faire un inventaire des compétences que vous avez, et se rendre compte de quel type d’accompagnement les collaborateurs ont besoin.

Pour conclure : quels conseils donner aux trésoriers dans ce contexte ? 

Domingos Antunes partage que la process review réalisée a apporté des éléments sur des tâches assez manuelles : 

  • La data n’était pas intègre, voir n’existait pas.
  • Les logiciels ne communiquaient pas entre eux. 
  • L’automatisation était inexistante du fait d’une forte spécificité des logiciels.

“Sur ces constats, on s’est posé avec nos équipes et on s’est demandé ce qu’on allait faire sur la digitalisation. On s’est dit qu’on allait repartir sur des basiques et la première chose qu’on a fait c’est créer une équipe qu’on a appelé : data tools.” – Domingos Antunes, directeur de la trésorerie et du financement, Decathlon

Les personnes en charge de l’outil chez Decathlon sont passées des équipes opérationnelles a une équipe dédiée : un vrai contre pouvoir des équipes opérationnelles. Puis ils ont recruté deux personnes :

  • Leader de l’équipe, IT guy : “S’il ne connaissait pas la trésorerie, on l’a choisi car il avait une vision portée data, une vision forte sur l’architecture des outils. Il a apporté ce côté structuré pour pouvoir structurer la data”
  • Engineer IT, IT finance : “Elle connaissait déjà les outils, et travaillait sur le legacy” 

“Le but final était d’avoir une vraie structure IT” – Domingos Antunes, directeur de la trésorerie et du financement, Decathlon

livre blanc guide pratique


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